Tchad: les enfants de la rue, un phénomène qui ne cesse de grandir

A travers le projet de la cartographie numérique de la voix des jeunes cartes, j’ai eu la chance de visiter plusieurs villes du Tchad. Et dans toutes les villes que j’ai visité, il y a le phénomène des enfants de la rue, connus sous le nom de « Mouhadjirine ».

Ces sont des adolescents âgés de 6 à 14 ans. Ils sont envoyés par leurs parents pour étudier les pratiques de l’Islam chez un homme religieux qu’on appelle communément « Marabout ». A l’époque, lorsqu’on parlait de marabout, la première chose qui venait à l’esprit c’est l’honnêteté, la confiance… Ils vivaient dans des endroits reculés, enseignaient la religion et cultivaient la terre. Ils recevaient de l’aide de la part des parents de leurs disciples.

Petit à petit, le monde change. Une nouvelle génération, un nouveau mode de vie où le troc n’existe plus. La religion n’est plus la seule doctrine. Les petits villages d’hier sont devenus des villes, et les marabouts se retrouvent  sans autre expérience à part la parole de Dieu, dans la ville  où la vie est très difficile et cher. Cherchant à gagner de l’argent, certains n’ont pas d’autres solutions que d’envoyer leurs disciples pour chercher de l’argent à leur place. Ils leur fixent des quotas hebdomadaires. Et ces pauvres enfants cherchent par tous les moyens à remplir leur devoir.

Les enfants frappés par la mendicité

Ils n’étudient plus. Ils passent tout leur temps dans des rues et  lieux publics tels que les marchés et gares routières…mendiant, pas pour de la nourriture, mais pour de l’argent. Cependant, la mendicité ne peut pas marcher tous les jours. D’autres essayent d’être créatifs en proposant aux femmes de porter leur épicerie contre quelques pièces de monnaie. Mais certains prennent une mauvais route, en devenant des pickpockets.

Ils commencent à prendre des mauvaises habitudes comme fumer des mégots, ensuite un peu de la drogue. Ils abandonnent leur foyer. Et ils se transforment en enfants de la rue confirmés. La rue est leur maison. Les passants sont leurs parents. La poubelle est leur table. Et le trottoir c’est leur lit.

Ainsi, ils passent le restant de leur misérable vie, à mendier, piquer, se droguer, se bagarrer, … et se nourrir dans les poubelles des restaurants. L’aspect le plus humain, c’est la vie en société. Ils se partagent presque tout, et prennent soins les uns des autres. Ils sont condamnés à cette vie de l’adolescence à la maturité.

Absence de soins médicaux

Privés des soins médicaux, certains n’atteignent pas la maturité. Ils meurent du paludisme, choléra et toute autre maladie contagieuse et infectieuse. J’en ai vu plein dans mon quartier. J’en ai vu un mourir à cause d’une morsure de chien. Ils partagent un espace commun avec les chiens (poubelle), ce qui parfois entraîne un désaccord.

Chaque jour que Dieu fait, je passe devant ces pauvres enfants, et tous les jours je ressens les mêmes choses: la honte, la culpabilité et la tristesse. Qui sommes-nous pour juste regarder sans rien faire ? Et si on pouvait voir dans le futur, et que ce soit le même sort qui soit réservé à nos enfants, ou à nos petits enfants, qu’est ce qu’on pourrait faire pour éviter cela? C’est en agissant maintenant, qu’on peut changer le futur.

Je me rappelle l’article d’une amie de La Voix Des Jeunes intitulé Un regard et puis je passe mon chemin. Dans cet article, elle parle des sans domiciles fixes d’Europe. C’est la même chose, les mêmes histoires partout dans le monde. Chacun pour soi, Dieu pour tous. On dirait que la miséricorde a quitté le cœur des Hommes.

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