Tchad: Dans mon ghetto!!!

Je suis un enfant du ghetto, je suis né, et j’ai grandi dans un ghetto.

A l’époque, les mots pauvre, riche ou misérable ne nous disaient rien du tout ; on ignorait toute existence d’une autre mode de vie. Tout le monde se ressemblait, et tous nos parents faisaient presque le même boulot. On étudiait dans la même école, on s’habillait de la même façon, on mangeait les mêmes plats, et on jouait les mêmes jeux et sur les mêmes terrains ; personne ne remarquait une grande différence social.

Mes amis et moi fréquentaient la même école. Une école avec des salles de classe construites en paille, avec des institutrices qui tombaient souvent malade et des instituteurs alcooliques, mais aussi de meilleurs pédagogues. C’est grâce a eu que je m’exprime en français aujourd’hui. Ce qui me plait le plus chez eux, c’est qu’ils sont physionomistes. Comment une personne peut se souvenir de centaines de visages, juste après une semaine de la rentrée des classes ?

Quand on nous annonçait que la maitresse était malade, c’était la joie par tout. On s’en foutait qu’elle soit malade, en coma ou qu’elle meure dans une heure ; ce qui importait pour nous, c’est d’avoir quelques jours de repos. Mais malheur à ceux qui étaient en classe de CM1 et CM2 : si leur maitresse ou maître tombait malade, c’est le directeur qui se chargeait des cours, ou bien on lui trouvait un remplaçant, et souvent c’était de très méchants remplaçants.

Pendant les congés, on jouait au football. Parfois on organisait des petits tournois, qui finissaient parfois le même jour. Nous avions les phases préliminaires, ou les éliminatoires direct, mais cela dépendait de l’organisation. Pendant les matches, les pénalités pour les cartons jaunes c’était vingt cinq francs CFA, et cinquante francs pour les cartons rouges. Des que la pénalité était réglée, les joueurs retournaient sur le terrain. Lorsque votre équipe était éliminée du tournoi, c’était le mercato (saison pendant laquelle les transferts des joueurs de football se font en Europe). Et une somme de cent francs était requise pour faire le transfert.

Pendant la grande vacance, on allait à la pêche, et à la chasse des oiseaux. Souvent, on allait au marigot pour nager, ce qui était formellement interdit par les parents ; au retour on devenait tout blanc, avec les yeux rougis. Alors parfois, on prenait de la pommade sur des petits papiers, pour éviter le blanchissement de la peau ; et on s’éventait avec la feuille d’une plante étrange, pour éviter la rougeur des yeux.

Nos différends, on les réglait dans un espace dégagé ou au marigot, qu’on appelle communément « Boutah » en langue local. Si on vous invitait au Boutah, et que vous manquiez l’invitation, vous étiez alors le lâche du ghetto, et tout le monde le savait. Malheur à vous si votre adversaire vous dominait, et que vous pleuriez en rentrant à la maison sans rien faire : vous risquiez de devenir la victime toute votre vie. Le mieux que vous puissiez faire c’était laisser le temps à votre adversaire de savourer sa victoire ; et ensuite de le surprendre avec un caillou, de lui casser la tête, et de prendre la fuite. Comme ça, la prochaine fois, tout le monde évitait de vous ennuyer.

A chaque fois que l’un de nous partait en visite familiale au centre-ville, il revenait avec quelque chose nouveau : un nouveau jeu, ou un nouveau conte de fée que nous n’avions jamais entendu. Mais dans mon ghetto, on ne voyage presque jamais, c’est pour quoi je n’ai jamais voyagé de toute ma vie. On quitte le quartier uniquement les jeudis, et uniquement pendant les congés ou les grands vacances.

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